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Sur la trace des chevreuils, une histoire de sensibilisation au portage

Par Janie Vachon-Robillard, Jeudi le 22 février 2018

Jeudi soir, c’est le dernier jour de garderie de la semaine chez nous. Je sens ma fille de 3 ans fatiguée de sa semaine, "chialeuse".

Inspirée par ma lecture du jour, « Un petit nœud et puis s’en va… » où j’ai vu beaucoup de photos de parents portant de grands enfants, je me surprends à proposer à ma petite dernière, qui pèse tout de même 40 lbs (18kg), « tu veux que je te prenne sur mon dos et qu’on aille marcher ensemble sur la trace des chevreuils »? Surprise elle aussi, elle me répond : « Oui, mais je suis trop louuuurrrrde! » C’est que je la lui ai fait souvent cette réponse là! En fait, presque chaque fois qu’elle me demande que je la prenne dans mes bras... depuis un an environ? C’est qu’effectivement, dans les bras, je n’y arrive plus. « Ce soir, je vais prendre mon porte-bébé, je vais bien t’installer et on va voir, je pense que je peux sûrement encore te porter un peu »!

Nous voilà donc parties en écharpe en tissu sergé brisée, longueur de 3m60, kangourou au dos (il faut que vous imaginiez un petit peu car je n’ai malheureusement pas de photographe qui me suit dans ces moments spontanées et magique du quotidien). Nous suivons les traces des chevreuils jusqu’à la rivière.  Un bon 45 minutes de marche… qui s’est très bien passé et sans douleur, sans qu’elle soit « trop louuurrrde » mais jusqu’à ce qu’ON soit trop lourdes pour la croute de neige glacée qui a cédée sous un de mes pieds. Je me suis cogné durement le tibia contre la croute de glace au bord du trou ainsi crée. Un beau gros bleu j’aurai demain, mais ce n’est pas grave. Cela valait vraiment la peine de vivre encore une fois un de ces si belles promenades hivernales en portage! Moi qui croyais déjà que c'était chose du passé. Quel bonheur d'avoir pu partager mon amour de la nature avec elle, avancer à mon rythme (celui d’une adulte) et avec cette possibilité d’aller partout où j’ai envie, où ce serait encore trop difficile pour une petite fille de marcher longtemps.

Pourquoi vous partager cette expérience?

Parce que j’ai été émerveillée encore une fois de voir comment le portage physiologique est encore possible et confortable avec de grands enfants? Oui … mais non. Non, ce n’est pas ce qui a motivé ce billet. Il en fallait plus.

Je me suis rendue compte que sans ce feuilletage des belles photographies du livre « Un petit nœud et puis s’en va … » et bien je ne l’aurais pas fait. Je ne l’aurais pas vécue cette expérience, je n’aurais pas offert à ma fille de la porter.

Moi qui transmet le portage de puis 15 ans, moi qui ai l’occasion d’enseigner sur une demie journée de temps tous les bienfaits du portage pour les enfants et les familles lorsque je forme des monitrices de portage plusieurs fois par année, moi qui consacre une grosse partie de ma vie à promouvoir cette pratique, et bien non, je ne l’aurais pas offert à ma fille ce soir, sans cette pré sensibilisation offerte par ce livre.

Grosse réflexion, grand rappel!

Ça prend une pré sensibilisation pour qu’une pratique qui n’est pas la norme dans notre société puisse intéressée un parent. Et encore une autre sensibilisation pour qu’il ait le courage d’essayer, et puis une autre pour qu’il l’intègre dans sa vie et finalement, encore une pour qu’il ose continuer de temps en temps, même quand son enfant est plus grand et qu’il sait très bien marcher par lui-même.

C’est pas facile d'avancer à contre-courant! Partout on favorise l’autonomie des enfants et je suis la première à encourager le monde entier à reconnaître les compétences des bébés et les laisser accomplir par eux-mêmes ce qu’ils sont en mesure de faire, de leur donner une chance de se dépasser et de s’accomplir à chaque étape de leur croissance.

Tout est une question d’équilibre dans la vie. Quand un enfant n’est pas en mesure d’être autonome, comme ma fille de 3 ans ce soir au retour de la garderie, c’est qu’il a besoin d’une pause, un moment où il peut s’abandonner pour intégrer tous les nouveaux apprentissages, toutes les nouvelles expériences. C’est qu’il s’en passe des choses dans ces petits cerveaux là, au pic de leur activité (deux fois plus actifs que ceux des adultes)! Et les moments d’intégration, ils sont essentiels! Après tout, un enfant, ça ne demande que ça d'être autonome quand il en a la capacité.

Une autre chose que j’enseigne régulièrement et dont je me rappelle ce soir c’est qu’on ne peut véritablement apprendre en développant les connexions dans notre cortex préfrontal que lorsque notre survie est assurée tant au niveau physiologique (chaleur, nourriture, besoin d’éliminer, intégrité physique etc.) qu’au niveau relationnel (se sentir en sécurité, être en relation avec l’autre, se sentir inclus, etc.). Ce n’est que lorsque les besoins des « deux cerveaux plus archaïques » ( le reptilien et le limbique) * ont été répondus que l’on a pleinement accès à ce cortex préfrontal et à nos « fonctions cognitives dites supérieures (notamment le langage, la mémoire de travail, le raisonnement, et plus généralement les fonctions exécutives) »  (Cortex préfontal, Wikipédia, 2018).

Ainsi, je réalise que, pendant ce 45 minutes de portage où j'ai délester ma fille de toute nécessité de survie autant physiologique qu’émotionnelle, je l'ai aussi soustrait du besoin de prendre des décisions ou de résoudre des problèmes, je lui ai donné la chance de complètement se laisser porter, c’est le cas de le dire!  Ainsi, elle a probablement pu consacrer toutes ses ressources à intégrer sa journée, voir sa semaine, et « fabriquer du cerveau » comme mon amie et professeure Céline Laroche de l’Association française du portage de bébé aime à nommer la chose.

En conclusion, souvenons-nous de l’importance de cette sensibilisation au portage. Des images, des images, des images! Nous avons besoin d’images, nous avons besoin d’exemples et d’exemples vivants aussi, pour oser faire le pas, oser le portage en écharpe, oser le portage d'un plus grand, oser materner autrement...

Partout où vous allez en portant, vous êtes un exemple. Partout où vous accrochez une affiche de portage, vous semez une graine. Continuons de semer ensemble!

« Un petit nœud et puis s’en va »

Écrit par Ingrid Van Den Peereboom avec les photos de Sandrine Fraikin, deux passionnées de portage européenne, c’est un gros volume (276 grandes pages) remplie de photos et d’articles décortiquant tous les aspects et toutes les découvertes que le monde du portage nous offre.

* C’est le model du cerveau triunique de Paul MacLean qui nous permet de vulgariser et simplifier le fonctionnement du cerveau et de ses priorités.

 

Crédit photo principale du billet

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